Qui suis-je ? Dans quel état j'erre ?
- Sand Into the Wild

- 24 avr. 2022
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 avr. 2025
Qui suis-je ? Sand, quadra, travaillant dans l'administration publique, mère de deux enfants.
Je souhaite par le biais de ce blog partager mes expériences, mon vécu, car je sais à quel point ça peut être difficile, combien on peut se sentir seul.e et désemparé.e dans les épreuves.
Je partage modestement, avec bienveillance et sans jugement, ce que je vis, ce que j'observe. J'aime les relations humaines, les interactions, observer, analyser, ressentir les autres, parce que l'Autre est pour moi un enrichissement intellectuel, émotionnel. Rien n'est plus précieux que la connexion à l'Autre.
Octobre 2019 je suis arrêtée pour burn out. Un pétage de plomb en bonne et due forme, qui sera le début d'une descente aux enfers.

J'explose sur le plan professionnel, et admets petit à petit qu'il ne s'agit pas que du plan professionnel mais également du plan personnel : je gère tout ce qui concerne les enfants, je suis la personne ressource pour tout ce qui est scolaire, extrascolaire, familial, quotidien, logistique. Je suis femme de ménage, cuisinière, gestionnaire logistique, programmatrice, organisatrice, intendante, gestionnaire financière. Je suis taxi, j'accompagne mes enfants à toutes les activités, et ce depuis toujours. En parallèle je fais de plus en plus de sport pour évacuer ce stress, cette accumulation, cette envie de hurler...
Je suis un meuble en ma demeure, la personne dédiée au ménage, ne méritant que peu de considération. Pour résumer mon ressenti, je suis un paillasson : Objet utile permettant de maintenir l'intérieur propre, qu'on ne voit pas, et sur lequel on s'essuie les pieds sans se poser de question.
L'idée du moindre contact avec qui que ce soit en provenance de mon lieu de travail me déclenche des angoisses, je fais des cauchemars, j'ai des troubles de l'alimentation, du sommeil, petit à petit je m'enfonce dans mon lit duquel je sors peu... Je rêve travail, il me faut bien trois mois pour arriver à ne plus y penser de façon obsessionnelle.
Je mets du temps à effectuer une demande de congé longue durée, et les renouvellements, l'idée d'appeler mon employeur étant source de vraies crises d'angoisse, accompagnées de larmes, d'une panique incontrôlable... Le moindre courrier portant le cachet de mon établissement professionnel me tétanise.
Durant ces deux années, j'ai travaillé sur moi en faisant de la sophrologie, pour gérer mes angoisses, mes sentiments, et cheminer dans le but d'aller mieux, d'aller bien, enfin.
Régler tout ce qui était resté en souffrance, enfoui depuis des années.
Mon corps s'est exprimé, encore, dans un premier temps en mars 2020 par le biais d'une grippe carabinée qui m'a clouée dix jours au lit, dont j'ai ressenti des effets plus de six mois. J'étais physiquement très faible. Je ne pouvais pas marcher cinquante mètres sans me sentir mal. J'ai arrêté le sport.
Il s'est exprimé, à nouveau en décembre 2020 : Une nouvelle hernie discale s'est déclenchée, en courses, le soir du 17. Manque de chance, j'avais prévu de faire les courses de Noël le lendemain.. Le père Noël n'a donc pas été très ponctuel cette année là.
La quatrième hernie. Opérée, comme les trois premières. Opération le 23 décembre au matin, soit 6 jours plus tard. Je ne pouvais plus marcher, me lever, bouger, j'étais sous morphine, ne sentais plus vraiment certaines parties de mes jambes, ma vessie. Malgré cela, le samedi 20 décembre, aux urgences de l’hôpital où j'avais été envoyée, je n'ai pas jugée comme une situation prioritaire, sûrement en raison de la crise sanitaire et du pic épidémique, j'ai été renvoyée chez moi, hurlante de douleur. Après des souffrances atroces, j'ai été conduite à l'hôpital où j'avais été opérée les fois précédentes, en ambulance, en contact avec les urgences, suite à l'appel de mon médecin traitant, le lundi matin, à 6h30.
L'opération, comme les précédentes, m'a immédiatement soulagée, j'ai malgré tout passé Noël à l’hôpital, ne souhaitant pas sortir si tôt après l'opération.
Cette hernie discale est donc la quatrième en 9 ans. Je suis certaine que ce n'est pas anodin, j'y reviendrai dans un prochain post.
Après un retour à la maison compliqué, et une nouvelle série de réflexions, telles que « tu crois pas que je vais me faire chier à faire des travaux pour une conne comme toi », et voyant que finalement mes enfants commençaient eux aussi à me considérer comme un paillasson, à ne pas me montrer de respect ou d'intérêt plus que ce que l'on peut avoir comme intérêt pour un tel objet, je me suis dit que non, ça ne pouvait pas durer. Un déclic, un sentiment d'urgence, après plus d'un an à me demander quelle décision je devais prendre.
Après des mois, peut-être même des années, j'ai finalement réalisé qu'il était impératif de changer la situation. Comment dire toute la journée à mes enfants qu'ils doivent faire tout ce qu'il faut pour construire leur futur en étant heureux, que c'est quelque part maintenant que ça se décide, et finalement leur montrer au quotidien comment je suis malheureuse, comment je ne suis pas respectée ? Elle est où la cohérence entre ce que je dis et ce que je leur montre ?
"Donnez vous les moyens d'être heureux, construisez votre avenir" en leur montrant que je n'étais pas respectée, pas heureuse, et que je ne me donnais pas les moyens d'être heureuse.
J'ai donc annoncé en février 2021 à cet homme que j'ai aimé ma décision de mettre un terme à cette relation amoureuse. Après un an à faire chambre à part, il s'est montré surpris, secoué.
En mars, nous avons annoncé la nouvelle aux enfants. Un peu sous le choc, mais pas réellement surpris, ils ont enfin pu envisager leur avenir sans ces zones de flou, sans ces non dits installés depuis trop longtemps, devenus la norme dans notre foyer, où au final nous étions, deux adultes, deux enfants, chacun électron libre, livré à lui-même, sans contact réel et authentique avec les trois autres. Et quand je pense à ce que j'ai, par mon mal-être, fait subir à mes enfants, j'ai mal au cœur, envie de pleurer.
Cette décision, il m'a fallu y réfléchir des mois, plus d'une année, peser le pour, le contre, gérer ce sentiment d’égoïsme, cette pensée que j'allais détruire ma famille, que niveau confort matériel, ce serait différent. Une culpabilité énorme, partagée, tiraillée entre mon bien être et le mieux pour mes enfants. Étais-je prête à leur infliger ça ? Au fil du temps je me suis rendue compte que notre famille était déjà en grande souffrance bien avant cette décision, avant cette séparation, et que finalement, cette séparation était l'occasion d'ajuster ce qui n'allait pas, de corriger cette façon d'être qui nous rendait malheureux. Oui, il faut changer certaines choses, oui il faut faire des sacrifices, oui on se retrouve à gérer seul.e, oui on est la cible de colère, oui on cristallise ces émotions, oui il s'agit d'un deuil, il s'agit de faire le deuil de ce "modèle parfait" de famille, deuil du couple, et oui il faut accompagner ses enfants dans leur propre cheminement, leur propre deuil. Gérer la colère de celui qu'on quitte, gérer nos propres émotions. Au final ces trois années, bien qu'ayant été les plus difficiles de ma vie, ont également été les plus enrichissantes, j'ai évolué, seule, affronté seule toutes ces difficultés, j'ai été forte, seule. Je suis convaincue, de par mon vécu, que c'est dans les moments difficiles qu'on réalise qui l'on est vraiment, la force et les ressources qu'on a en nous, qu'on ne soupçonne même pas. Ces trois années m'ont permis de réaliser qui je suis, d'aimer qui je suis, de redevenir ce que j'aimais, après m'être un peu perdue en route, sur le chemin d'autres qui n'étaient pas moi. Ce changement que j'ai voulu, cette séparation, a été le plus beau cadeau que je pouvais me faire : l'occasion de vivre ma vie comme je le voulais, l'opportunité de vivre le bonheur.





Commentaires