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Faire danser son enfant intérieur

On a tous gardé en nous l’enfant que l’on a été, pas seulement dans nos souvenirs, pas uniquement dans les albums photo qu’on feuillette avec un sourire un peu flou, mais là, en nous, silencieux, parfois figé, parfois encore vibrant.


Des anecdotes, on en a tous plein notre mémoire.

Je me souviens d'une fois où je me suis égratignée le genou, avec quelques marques de peau arrachée et de sang qui perle. J’avais mal, et si je me souviens bien, j'avais un peu peur, parce que ça m'impressionnait de voir mon genou comme ça. Je suis allée chercher un câlin pour être réconfortée et rassurée, pour apaiser ce que je ne savais pas dire. On m’a répondu que ce n’était rien, qu’il fallait que j’arrête de pleurnicher. Alors j’ai fait semblant d’être forte, et j'ai fait ce qu'on attendait de moi parce que j'avais la sensation que c'est ce que je devais faire. J’ai séché mes larmes toute seule, sans rien dire. Et ce câlin que je n’ai pas eu, je crois qu’il a laissé un vide. Quelque chose qui, plus tard, m’a fait comprendre que je ne devais pas demander et qu'il me fallait me débrouiller seule. En grandissant j'ai intégré le fait qu'il fallait être forte et de ne pas me laisser aller pour être acceptée. 

Je me souviens aussi d’un “tais-toi”. Ce n’était pas un cri, pas une colère. Juste une réponse rapide, jetée au milieu d’un moment où j’avais envie de partager quelque chose. Ce que j’avais à dire n’était pas important, pas urgent, mais pour moi, c’était vivant, c'était maintenant. Ce “tais-toi” m’a arrêtée net. Et je crois que je me suis tue longtemps après ça. Pas seulement à voix haute. À l’intérieur aussi. Je crois que le mot boudeuse a été prononcé, j'ai trouvé ça injuste.

Une autre fois, j'ai eu un chagrin d’enfant, je ne me souviens plus bien pourquoi. Quelque chose m’avait touchée, profondément, en tout cas assez fort pour que les larmes montent, que ma gorge se serre, que mes yeux cherchent un regard réconfortant. Et j’ai pleuré. Vraiment. Comme le font les enfants quand ils n’ont pas encore appris à se retenir. Je me souviens que quelqu’un est arrivé, m’a vue. Et m’a dit d’arrêter. “Ça ne sert à rien de pleurer.” Alors j’ai ravalé mes larmes comme on ravale un secret. J’ai essuyé mon visage du revers de ma manche. Et j’ai inconsciemment intégré l'idée qu’il valait mieux ne pas pleurer, même quand ça débordait. Parce que pleurer, ça dérangeait. Et que je ne voulais pas déranger, je voulais être aimée.


On a tous en nous un enfant intérieur qui régulièrement a été interrompu dans son élan, qui a intégré très tôt que ses émotions prenaient trop de place, qu’il valait mieux se taire pour ne pas déranger, se contenir pour être aimé, se conformer pour être accepté. Durant notre enfance, avec toutes ces anecdotes vécues, on a appris à se faire petit, à taire nos peurs, à étouffer nos larmes, à mettre nos doutes sous le tapis. On a accepté, souvent sans comprendre, les règles et les injonctions — familiales, sociétales — puis les regards qui jugeaient ou qui attendaient autre chose que ce que nous étions au naturel : Des enfants en demande, emplis de curiosité, sans filtre. On a intégré des croyances qui ne nous appartenaient pas, des phrases dites par des adultes qui faisaient de leur mieux, et on a grandi avec l'idée qu'il fallait être ce que la société voulait qu’on soit, faire avec ce que nos parents pouvaient nous donner, en composant avec les manques, les maladresses, et parfois les absences.

Par la force des choses, à être recalé dans toutes ses manifestations innocentes, notre enfant intérieur s'est recroquevillé au fond de nous, parce que s'exprimer était vain. Il est resté là, sans faire de bruit, mais sans parvenir à faire taire ses envies, ses peurs, ses besoins de câlins. 


Dans notre vie d'adulte, notre vie rythmée par nos schémas de construction et les injonctions qui définissent ce que nous devons être et ce que nous devons dire, il arrive qu'il se manifeste sans que ce soit comme on l’attend : Il intervient dans nos façons d'être, de réagir, dans nos replis ou nos excès, dans ces moments où l’on ne comprend pas pourquoi on se sent si vulnérable, en colère, triste. C’est lui qui appelle, qui cherche une main, un regard, un geste simple qui dit : "je te vois, et j'aimerais que tu me vois aussi".


Notre enfant intérieur est là, nous attend, sans ressentiment ou colère à notre égard : On a fait comme on a pu du haut de notre enfance. Il refait surface parce qu'il a besoin que l’adulte que nous sommes devenu prenne soin de lui, le rassure, le câline, le réconforte, qu’il lui offre ce dont il a manqué, non pour réparer le passé, ni pour revenir en arrière, mais pour lui permettre d'exprimer son innocence, ses peurs, ses envies de rire aux éclats. Il est probable que vous ressentiez de la culpabilité, que vous ayez l'impression que vous auriez du mieux faire, que vous n'avez pas été à la hauteur. Mais rappelez vous : Vous étiez enfant, vous ne pouviez pas faire mieux, vous avez fait comme vous avez pu. Ne culpabilisez pas, faites la paix avec vous-même, et laissez votre enfant intérieur s'extérioriser. 



Il est possible que quelque chose change en vous dès que vous commencerez à l'écouter et le considérer. Vous pourriez commencer à percevoir un peu plus de douceur dans votre manière de penser, dans la façon dont vous vous parlez intérieurement. Peut-être que vous vous autoriserez à ne pas tout contrôler, à accueillir vos maladresses, à ne plus chercher à tout faire parfaitement. Il se pourrait que vous vous surpreniez à rire plus librement, à pleurer sans honte, à exprimer ce que vous ressentez sans vous excuser. Vous pourriez vous remettre à danser dans votre cuisine, à chanter dans votre voiture, à vous émouvoir sans raison apparente. Il ne s'agit pas d'un retour en arrière, c'est simplement une manière de ne plus vous couper d’une part précieuse de vous-même.

Parce que votre enfant intérieur ne demande qu’à rayonner, à exister autrement, à danser à nouveau dans vos vies, sans honte, sans crainte, sans masque.



Vous reconnecter à votre enfant intérieur, ce n’est pas vous infantiliser, c’est simplement reconnaître cette part de vous qui n’a pas été entendue, et lui ouvrir enfin les bras. Peut-être même pour le laisser danser, rire, et chanter sous la pluie.



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