La figure maternelle Donner la vie, donner sa vie
- Sand Into the Wild

- 26 oct. 2025
- 3 min de lecture
Ce texte est né lors d’un atelier d’écriture inspiré du roman La Promesse de l’aube, de Romain Gary. Le thème proposé : la figure maternelle. C’était au printemps 2024, une parenthèse d’avril où les mots se sont invités d’eux-mêmes. J’y ai laissé émerger mes souvenirs, mes émotions, et cette gratitude infinie envers ma mère — et envers la femme, la mère, que je suis devenue à mon tour.
La naissance. Donner la vie. Donner sa vie.
Voici, je pense, ce qui peut résumer le fait de devenir mère, devenir maman.
Je me souviens de ma maman toujours là, mon roc, le gardien de mon innocence, ma maman qui était mon univers, et qui n’était que ça. Je me souviens de mon frère et moi, installés à table, dans cette immense pièce de vie baignée par la lumière de la fin du jour. Je me souviens de la douceur de l’air, de nos bras nus, de nos rires en attendant maman qui nous prépare le repas. Parce que je l’entends, je me lève et vais la voir dans la cuisine, petite pièce attenante, un peu sombre. Je la trouve en larmes, en train de nous préparer des œufs. Je m’inquiète, ne comprends pas. Comment maman, ma maman, ce pilier sur lequel je m’appuie jour après jour pendant que mon père travaille, comment ma maman si gaie et si forte peut-elle pleurer ? Est-ce que ça signifie que maman est triste parfois ? C’est la première fois que je vois ma maman pleurer. Elle sèche ses larmes discrètement, en disant qu’elle est juste fatiguée.

J’ai réalisé des années plus tard qu’être maman, avec tout ce que ça m’a apporté de doux lorsque j’étais enfant, signifie aussi l’abnégation, le sacrifice, l’engagement pour la vie.
Aujourd’hui, bien que ce soit difficile, je sais que je ne renoncerai jamais, même si je m’efface, et serai la maman dont mes enfants ont besoin, tout comme j’ai eu besoin de ma maman, tout comme j’ai encore besoin d’elle aujourd’hui.
Lorsque j’ai donné naissance, je suis née une deuxième fois. J’ai compris l’abnégation maternelle de ma maman, le don de soi qu’elle m’a transmis, et auquel je suis restée fidèle. J’ai réalisé qu’elle était mon mentor, me faisait découvrir des merveilles, puis j’ai réalisé lorsque je l’ai vue pleurer qu’être assidue lui coûtait parfois, mettant en avant une nudité émotionnelle, une détresse ardente que l’amour maternel ne suffisait pas à apaiser.
En devenant maman, par cette re-naissance, je me découvre chaque jour, apprends chaque jour tout en guidant mes enfants, et la mémoire familiale se transmet, de génération en génération. Jour après jour, être maman me renvoie à ma vie d’enfant, et me fait revivre cet amour inconditionnel, simultanément, de l’enfant que j’étais dont la maman était le monde, et de la maman que je suis, pleine d’amour pour mes enfants.
Donner la vie, c’est offrir une promesse que l’on n’a pas les moyens de tenir : celle d’un amour éternel, inconditionnel, indestructible. En réalité, on apprend à aimer comme on respire — parfois en apnée, parfois à pleins poumons. Être mère, c’est accepter d’aimer malgré la fatigue, la peur, l’usure, et de continuer quand même. Tenir malgré les mots durs reçus, malgré les jugements. Être là dans les larmes, l’opposition adolescente, les certitudes d’adultes en devenir, l’enfant qui revient et a besoin d’être rassuré. Tenir dans l’inconstance et les incertitudes, se porter soi et les porter eux, quoi qu’il arrive, quoi qu’il en coûte. Les protéger, toujours. Les aimer, les accompagner sans les écraser. Les laisser expérimenter, tomber, se tromper, recommencer, explorer, s’explorer, et avancer.
C’est là que réside la vraie force : dans la tendresse qui ne renonce pas.

Aujourd’hui, je mesure combien la maternité n’est pas un rôle auquel on renonce, mais une incarnation, un chemin : celui qui relie les femmes d’une génération à l’autre, celui où chaque larme devient mémoire, et chaque geste d’amour une transmission silencieuse. Et dans ce fil invisible entre ma mère, moi et mes enfants, je sens battre le même souffle : celui de la vie qui se donne, se perd, se retrouve.




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