L’amour, cet espace où l’on se découvre soi-même
- Sand Into the Wild

- 16 nov. 2025
- 5 min de lecture
Ces textes sont nés en novembre 2024 lors d’un atelier d’écriture autour de l’œuvre Variations énigmatiques, d’Éric-Emmanuel Schmitt. Le thème proposé : l’échange épistolaire amoureux — écrire à l’amour comme on écrirait à l’autre, ou à soi. Quatre textes sont nés sous ma plume durant cet atelier : une traversée de l’amour sous toutes ses formes — des mots qu’on lui prête, aux paysages qu’il façonne. Quatre exercices rédactionnels pour arriver au texte final.
Quand on parle d’amour…
Quand on parle d’amour, quels mots ça évoque ?Estime, abandon, passion, dépendance, attachement, fuite, s’ouvrir, donner, sensuel, partage.
Quand je t’ai vu la première fois, ma première idée a été la fuite. Je ne pouvais pas envisager de renoncer à mon indépendance et risquer de tomber dans la dépendance, celle où j’abandonne mes valeurs, qui je suis... Mais la passion me faisant vibrer sensuellement, j’ai fini par me donner, m’abandonner, m’attacher profondément à toi. En m’ouvrant à cette relation, j’ai découvert ce qu’étaient le partage, le don de soi, la possibilité de m’abandonner réellement à être moi-même, auprès de quelqu’un pour qui j’ai une grande estime. Une estime mutuelle, dans le respect de soi, de l’autre.
Inventaire (Camille Laurence)
L’amour est comme un chien dans un jeu de quilles. Ça vient bousculer le confort de notre vie, dans nos habitudes, dans nos certitudes les plus évidentes. Ça nous expose, nous donne envie d’oser, ça nous fait douter de nous... Et lorsque l’on s’y abandonne, on y découvre qui l’on est vraiment au plus profond de nous. L’amour de l’autre permet un cheminement au fond de soi.

Il n’y a pas d’amour…
Il n’y a pas d’amour, il y a un sentiment d’allégresse lorsqu’enfin je réalise que tu es là. Il n’y a pas d’amour mais la douleur quand je m’aperçois que tu n’es plus là. Il n’y a pas d’amour mais mon cœur qui bat quand revient le souvenir de toi. Il n’y a pas d’amour mais le temps suspendu quand, au détour d’une idée, tu surgis dans mes pensées. Il n’y a pas d’amour mais cet instant qui dure quand je retrouve l’effluve de ton parfum annonçant ces instants de délices. Il n’y a pas d’amour mais la promesse de l’abandon, notre abandon, dans le creux de nos draps. Il n’y a pas d’amour, mais la vie qui passe tout au long du jour en attendant que revienne ce temps de nous retrouver. Il n’y a pas d’amour mais la promesse de l’amour, qui se renouvelle à chaque moment où l’on s’égare, où l’on s’abandonne, où le je et le tu s’autorisent à devenir nous.

Le désert et l’oasis
Toi je t’aimais, je t’aimais, je t’aimais. Je t’ai aimé dès l’instant où je t’ai vu. J’étais perdue au milieu de mes feuilles, noyée sous le bruit de l’eau, et tu es apparu, calme, immense, sûr de toi, occupant tout l’espace. J’aimais ta simplicité, ton style épuré, tes courbes élancées. Je t’aimais parce que tes perspectives m’offraient un horizon sans fin, un ciel sans nuage. J’aimais ton calme, ton côté sec, voire aride, pur, sans chichi. Tu étais à l’opposé de moi dont la tête est toute encombrée, dont la vie est si instable, soumise au gré du temps et des caprices de l’eau, convoitée par tous pour ma beauté et ma richesse. J’aimais ton calme et ta ligne de conduite toujours droite, à perte de vue, sans que tu ne bouges d’un iota de ta façon d’être, comme un roc immuable, assis dans tes certitudes qui m’impressionnaient tant. Moi, j’étais toujours en mouvement, toujours à changer d’avis. Tu m’impressionnais dans ton immobilité, dans ce que tu inspirais au monde.
J’ai aimé la façon dont nous arrivions à rester l’un près de l’autre sans nous abîmer, toi dans les dunes, moi dans la verdure. J’ai aimé chaque fois que tu m’apaisais, me permettant de voir les choses sous des cieux plus propices, atténuant mes interrogations constantes en me ramenant dans l’immensité du moment présent. J’ai aimé les nuits où parfois tu te laissais aller, m’amenant quelques grains de sable, venant se mêler parfaitement à ce que j’avais comme nuances de verdure. J’ai aimé chaque fois où tu étais là, serein, tranquille, à accepter nos différences, à m’écouter sans perdre patience, dans mes moments volubiles et mes verbiages sans fin. J’ai aimé la façon dont on trouvait l’harmonie, où tu acceptais pour un temps le bruissement des feuilles qui venait dire ces mots si doux à ton oreille, venant perturber ta façon d’être sûr de tout.
J’ai fini par détester ton côté immuable qui te définissait. J’ai détesté que tu me regardes avec condescendance, du haut de tes certitudes. J’ai fini par détester tes silences, et cette absence de nuance dans tes pensées, ta façon d’être. J’ai détesté ces grains de sable que tu laissais partout quand tu finissais par me rendre visite, cet agacement que je ressentais chez toi dès que je bougeais une feuille. J’aimais que tu me voies désirée par d’autres. Pourtant j’ai fini par détester tes excès de jalousie, cette façon statique de rester dans ton mutisme, à regarder au loin, où rien ne changeait, à perte de vue. Moi qui aimais ton charisme, cette place que tu occupais avec assurance, j’ai fini par la détester. Elle me faisait douter de mon côté changeant, mouvant, et mes besoins constants de mouvement, là où toi tu ne bougeais pas pendant des heures, des jours, des semaines.
Aujourd’hui quand j’y pense, je me dis qu’il aura fallu aller puiser en nous pour comprendre et dépasser cet agacement mutuel, pour réaliser ce manque de confiance qui nous faisait douter l’un de l’autre. Aujourd’hui je me rends compte que ce qui m’a séduite chez toi, j’avais l’impression d’en avoir besoin dans ma vie pour retrouver un équilibre. Mais au final, je peux t’aimer tel que tu es, je peux m’aimer telle que je suis. Ce qui t’agace chez moi te renvoie à ce qui te fait défaut au fond de ton cœur, qui va appuyer sur tes blessures : tu as besoin que les choses restent figées pour être rassuré, mais tu as envie de changement même s’il te fait peur. Il a fallu du temps pour que tu comprennes que même en t’ouvrant à moi, tu n’allais pas te transformer en lac, mais que tu resterais un océan de sable. Tu as appris à mettre de la nuance, du mouvement dans tes dunes, tout en restant libre d’être toi, pour toi. Tu as appris à aimer le bruit de l’eau lorsque mes pensées sont confuses, tout en osant dire quand pour toi c’était trop. Nous avons appris à cheminer en nous, à cheminer à deux. Parce qu’aujourd’hui, quand j’y pense, je réalise que ce parcours était nécessaire pour qu’on s’abandonne à être nous-mêmes dans cette bulle qui est la nôtre, sans que nos valeurs individuelles se diluent dans ce qui nous définit ensemble. Nous sommes à nous deux la somme de nos deux individualités, dans le respect de chacun, dans l’équilibre de nos vies respectives et notre vie ensemble.

En conclusion
Parfois, écrire à l’autre revient à écrire à soi. Cet atelier m’a rappelé que l’amour est un terrain d’apprentissage infini — celui où l’on apprend à aimer sans se perdre, à s’unir sans se dissoudre. C’est peut-être ça, la plus belle variation de l’amour : celle où le je et le tu continuent d’exister, même dans le nous.




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